En Flandre, le néerlandais standard cohabite depuis toujours avec une multitude de dialectes locaux, parfois très différents d’une ville à l’autre. Pour comprendre comment ces variantes façonnent l’identité régionale et influencent la vie quotidienne, nous avons rencontré Vanessa Ghesquiere, 48 ans, technicienne de surface et bilingue en néerlandais et en français. À travers son expérience, elle témoigne de la richesse linguistique flamande et nous aide à saisir les subtilités des dialectes, leur rôle dans la culture locale et leur place face au néerlandais standard.
Comment décririez-vous la différence entre le néerlandais standard et le dialecte de votre région ?
« Je pense que sur le fond, c’est la même chose, mais il existe quand même beaucoup de différences, que ce soit dans certains mots ou dans la prononciation. Parfois, une personne qui parle uniquement le néerlandais standard peut ne pas me comprendre, car je m’exprime avec un dialecte. Et inversement, si une personne me parle en néerlandais standard, je ne vais pas forcément tout comprendre. »
Dans quelles situations utilisez-vous le dialecte plutôt que le néerlandais standard ?
« Je parle toujours le dialecte avec ma famille, j’ai grandi en parlant le « plat vlaams » de Mouscron. Le néerlandais traditionnel, je l’emploie surtout à l’école ou dans des contextes formels. Par exemple, j’ai déjà dû remplacer une institutrice et enseigner le néerlandais standard aux élèves.
Quand je parle en patois, les mots me viennent plus naturellement et je m’exprime beaucoup plus vite. Je parle plus lentement quand j’utilise le néerlandais traditionnel, car je dois réfléchir aux mots à utiliser. Avec des personnes qui s’expriment en néerlandais standard, je reviens à mon néerlandais scolaire, tout en gardant la prononciation de mon patois. »
Pensez-vous que les dialectes flamands sont en train de disparaître ou au contraire de se renforcer ? Pourquoi ?
« Selon moi, je trouve qu’il existe énormément de dialectes en Flandre, bien plus qu’en Wallonie où les différences se limitent souvent à l’accent ou à quelques mots. Même entre des villes proches comme Courtrai, Mouscron, Menin ou Rekkem, les dialectes varient fortement, ce qui peut créer des problèmes de compréhension entre les habitants. Dans certaines régions flamandes, ces variations sont encore plus marquées. »
Est-ce que parler un dialecte influence l’identité ou le sentiment d’appartenance à une région en Flandre ?
« Oui, clairement ! Lorsque je me retrouvais en famille avec mes cousins, on ne se comprenait pas toujours. Certains parlaient le dialecte de leur région, d’autres le néerlandais standard. Avec mon cousin de Courtrai, on utilisait parfois deux formulations totalement différentes pour dire la même chose. Mon cousin disait : « Wil je een kaffie? », tandis que moi, avec mon patois de Mouscron, je disais : « Wil je koffie?. » Au-delà des mots, la prononciation et la vitesse d’élocution variaient fortement, ce qui compliquait la compréhension. Pour moi, ça montre à quel point les dialectes flamands peuvent créer des frontières linguistiques dans une même famille. Il existe un véritable fossé entre les différents dialectes et le néerlandais standard, ce qui peut mener à des problèmes de compréhension. »
Selon vous, l’école devrait-elle accorder plus de place aux dialectes ou privilégier uniquement le néerlandais standard ?
« Pour moi, le néerlandais standard reste le plus important, car il est universel et permet à tout le
monde de se comprendre. Enseigner tous les dialectes ne serait pas réaliste. Il en existe trop ! Lorsque j’ai appris le néerlandais standard à l’école, ça a été très difficile pour moi, car je parlais uniquement le patois de Mouscron. C’était comme si je devais réapprendre ma langue.
J’ai dû abandonner certaines formes que j’utilisais depuis l’enfance. Par exemple, je disais naturellement « potje » pour dire « une tasse » en néerlandais, avant d’apprendre que la forme correcte était « kopje ». Pour un enfant, c’est très perturbant de devoir réapprendre des mots qu’on croyait déjà connaître.
Je trouve que l’enseignement du néerlandais n’est pas assez efficace. Il faudrait davantage de communication, de mise en situation, de jeux de rôle ou de sketchs. Ça permettrait aux enfants de pratiquer réellement et de construire des phrases, plutôt que de se limiter au vocabulaire ou à la grammaire théorique. C’est ce que j’ai fait quand j’ai remplacé l’institutrice, les enfants faisaient appelle à leur connaissance en plus du vocabulaire vu ce jour-là. C’est plus enrichissant pour eux de devoir faire travailler en profondeur leur mémoire que de simplement répéter le vocabulaire vu à l’instant. C’est pour ça que je trouve que c’est mieux d’enseigner le néerlandais de cette manière. »
Par Leclercq Lindsey